Recherche action

Objet  •  Contexte  •  Fondements  •  Références spécifiques

Contexte


En juin 2007, la Commission scolaire de Montréal (CSDM) mettait en place une recherche exploratoire pour faire le point sur l’état actuel des Programmes d’Enseignement des Langues d’Origine (PELO) destinés à la population immigrante de la région de Montréal. Le projet visait à répondre aux attentes du milieu qui souhaitait une mise au point sur les PELO qui existent toujours selon leur même conception depuis leur implantation en 1978. Il était justifié de s’interroger, en 2009, sur la pertinence et l’efficacité de ces programmes. Nous ne sommes pas sans savoir que l’évolution de la population immigrante au Québec a créé de nouvelles dynamiques qui ne peuvent être laissées sans réponse. La région de Montréal et, par conséquent, la CSDM, est la première concernée quant à la scolarisation des nouveaux immigrants, jeunes et adultes. La recherche actuelle s’inscrit dans un projet de société en évolution tant par la mobilité de ses citoyens que par l’arrivée croissante d’une population immigrante multiculturelle et plurilingue en terre québécoise.


Le mandat des chercheures consistait à tracer un portrait sommaire de la clientèle actuelle concernée par les programmes des langues d’origine, à justifier les fondements et les assises du projet par une revue des écrits, de proposer un cadre de référence pour le développement des volets « langue » et « culture », et, en dernier lieu, de proposer une structure administrative et une structure pédagogique pour une mise en application cohérente du nouveau programme.


Le projet avait pour objectif de repenser les Programmes d’enseignement des langues d’origine (PELO, 1978) de la Commission scolaire du grand Montréal pour des élèves immigrants intégrant les classes régulières et de proposer un nouveau programme adapté aux besoins de la clientèle actuelle, dite multiculturelle et multiethnique. Le projet dans sa structure pédagogique et administrative a été développé en collaboration avec les divers intervenants de l’institution. IL se veut une recherche-action ayant pour assise les fondements théoriques et le cadre conceptuel de la recherche fondamentale, mais présentant une nouvelle conception de l’enseignement-apprentissage et du développement des programmes d’enseignement. Le nouveau programme proposé demande l’inter-complémentarité des interventions entre l’école, les enfants et la famille, d’où le Programme Héritages  : carrefour linguistique, culturel et communautaire (Lussier et Lebrun-Brossard, 2009).


Le projet de recherche comprend, 1) une mise en contexte, un état des lieux et un portrait démographique de la clientèle scolaire immigrante de la région de Montréal et de l’ensemble du Québec, 2) les assises et la conception de l’enseignement-apprentissage d’un nouveau programme d’enseignement impliquant les élèves/apprenants, l’école et la famille, 3) la méthodologie de la recherche, 4) la présentation d’une démarche pédagogique globale et intégrative dans une nouvelle structure administrative, 5) les recommandations des divers paliers d’intervenants et d’éducateurs consultés.


État des lieux sur les PELO actuels
Au départ, les programmes d’enseignement des langues d’origine (PELO visait le maintien d’un bilinguisme équilibré chez l’individu et d’un pluralisme culturel dans la société québécoise. En 1998, la politique d’intégration scolaire et d’éducation interculturelle du Ministère de l’éducation redéfinit les objectifs du PELO, qui devient un outil pour soutenir les élèves en difficulté d’intégration scolaire. En 2009, l’importance des mutations dans le flux significatif des populations migrantes se fait sentir. Le Québec connaît une évolution importante dans la constitution et la diversité de sa population immigrante, ce qui devrait suggérer une réflexion sur les programmes d’enseignement mis en place à la fin des années 70 et les mesures linguistiques de soutien qui les accompagnent. Aussi, il apparaît nécessaire de tracer un portrait de l’état des lieux en ce qui concerne l’évolution sociodémographique de la population étudiante issue de l’immigration au niveau du Québec et de la CSDM, et ce, afin de mieux cerner les enjeux qui se dessinent quant à la mise en place de nouvelles mesures de soutien visant à répondre aux besoins de l’immigration récente.


À l’heure actuelle, quatre types d’interventions sont disponibles à la CDSM. Il existe deux formes des Programmes d’enseignement des langues d’origine dans le système scolaire public : le PELO régulier et le PELO intégré. Dans les deux cas, une constante demeure : les cours PELO sont offerts aux élèves locuteurs de la langue d’origine en cause, mais peuvent accepter des élèves non locuteurs. Ils sont toujours donnés dans l’école, jamais à l’extérieur de ses murs, soit en dehors des heures de classe, soit en allongeant l’horaire. Parallèlement, on retrouve les classes d’accueil, destinées aux élèves non francophones qui ne peuvent intégrer les classes du secteur régulier à cause de leur connaissance insuffisante du français. Pour sa part, la Direction de la Formation générale des adultes offre des cours de francisation (francisation régulière et francisation alpha, cette dernière s’adressant aux adultes sous-scolarisés) aux adultes immigrants allophones qui souhaitent apprendre le français et faciliter leur intégration à la société québécoise.


Le PELO a évolué depuis sa création. En 1987, l’apprentissage d’une 3ème langue est devenu systématique dans les écoles qui offrent le programme d’éducation internationale. Ce n’est qu’en 1989 que le programme a été ouvert aux autres élèves de l’école, indépendamment de leur origine ethnique, dans une proportion du tiers des élèves du régulier pour les deux-tiers des élèves immigrants, et ce, afin de rendre cette mesure moins « ghettoïsante » et de favoriser les relations interethniques plus positives à l’école et à plus long terme dans l’ensemble de la société québécoise.


Portrait sociodémographique au Québec
Les nouvelles statistiques du recensement de Statistique Canada en 2007 permettent de jeter un regard sur la situation sociodémographique et sociolinguistique des groupes ethnoculturels au Québec. Selon ces données, 851 600 personnes sont nées à l’étranger, ce qui représente une hausse de 144 600 personnes (20,5 %) par rapport à 2001. De même, la majorité de celles-ci (86,9 %) choisissent de s’établir dans la région métropolitaine de Montréal. Selon le Ministère de l’Immigration et des communautés culturelles, le Québec a reçu 217 043 immigrants entre 2003 et 2007, soit une moyenne annuelle de 43 408.


En 2007 seulement, le Québec a accueilli 45 200 nouveaux arrivants, et ce nombre a augmenté progressivement à 55 000 en 2010. Selon les destinations déclarées, 72,6% comptaient s’établir dans la région de Montréal. Même si le pourcentage des immigrants connaissant le français au moment de leur admission a augmenté à 60,4% en 2007, il n’en reste pas moins qu’environ 15 000 nouveaux arrivants qui s’installent annuellement à Montréal ne parlent pas notre langue.


Sur le plan de l’accueil de l’immigration, Montréal représente maintenant la deuxième ville canadienne à accueillir 14,9 % des immigrants récents, comparativement à 11,9 % en 2001. En effet, Montréal compte 165 300 immigrants récents, soit le nombre le plus élevé observé au cours des 25 dernières années. En ce qui concerne les caractéristiques sociodémographiques proprement dites, notons qu’environ les deux tiers (64,6%) des nouveaux immigrants de la région de Montréal sont âgés entre 25 et 54 ans, comparativement à 43,3 % des Montréalais nés au Canada. Les nouveaux immigrants représentent 6,5 % de toutes les personnes en âge de travailler à Montréal. Toujours selon le recensement de 2006, la région de Montréal compte 526 200 enfants âgés entre 5 et 16 ans, dont un sur dix est né à l’étranger et un sur 20 a immigré au Canada entre 2001 et 2006. Sur le plan sociolinguistique, parmi les 28 000 nouveaux immigrants d’âge scolaire de la région de Montréal, la moitié parle le plus souvent une langue autre que le français ou l’anglais à la maison, alors que le tiers parle le plus souvent le français à la maison. D’où proviennent-ils ? Comme c’est le cas de plusieurs villes à travers le Canada, l’Asie (incluant le Moyen-Orient) est la première région de provenance de l’immigration récente à Montréal. Les pays de naissance les plus fréquemment mentionnés au recensement de 2006 sont les suivants : la République populaire de Chine (16 200 immigrants), le Liban (5 300) et le Pakistan (4 300). 


De 1978 à 1982, le Ministère de l’Éducation du Québec a développé quatre programmes d’études et guides pédagogiques pour l’enseignement des PELO ; les langues privilégiées étaient l’italien, le grec, le portugais et l’espagnol. Depuis 1983-1984, dix-sept autres programmes locaux développés par les commissions scolaires ont vu le jour en lien avec l’évolution des populations immigrantes : d’abord le mandarin, le laotien, le vietnamien et le cambodgien, puis l’arabe, l’hébreu, l’algonquin, le créole et l’allemand. Ont suivi plus récemment l’hindi, le turc, le tamoul, l’arménien, le filipino (tagalog). De nouveaux besoins voient le jour pour le punjabi, le bengali et l’ourdou. 


Présentement, la CSDM scolarise plus de 87 500 élèves, jeunes et adultes, répartis dans près de 200 lieux d’enseignement ayant pignon sur rue dans 18 quartiers naturels montréalais. La population provient de 180 pays et parle plus de 150 langues maternelles. (CSDM, 2008, p.7). Parmi les langues maternelles autres que le français et l’anglais, c’est l’arabe qui se classe au premier rang. Suivent l’espagnol, l’italien, le créole et le chinois, et plus de 200 autres langues. Ces situations posent des défis aux intervenants scolaires qui visent le développement d’une compréhension interculturelle, d’une ouverture générale à la diversité et d’une coopération susceptible d’apaiser les conflits latents ou existants. Devant ce nouvel état des lieux, la CSDM s’est donné comme objectif de trouver des pistes d’intervention éducatives pour favoriser une intégration réussie des nouvelles populations immigrantes à la société québécoise ; de repenser les PELO pour intégrer la dimension culturelle et interculturelle au volet linguistique, étant donné les différentiations en termes de langues et de cultures des populations immigrantes ; de repenser les programmes pour tenir compte du plurilinguisme des populations immigrantes ; d’ajouter des mesures d’appui de groupes et individualisées pour les élèves présentant des retards d’apprentissage ou des difficultés d’intégration à la société québécoise. En mai 2005, elle a présenté un plan stratégique intitulé Le défi de la réussite. En 2006, elle s’est dotée d’une Politique interculturelle revue en 2008 (CSDM 2008a). Elle a également produit un Énoncé sur l’école communautaire (2008c).