Recherche exploratoire

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Résultats


Résultats aux quatre questions de recherche
Les résultats tendent à montrer que les représentations culturelles des participants sont généralement positives envers les Québécois francophones et la langue française. Aussi, l’étude soutient que les immigrants recherchent surtout des expériences d’apprentissage du français informel au sein de leur société d’accueil. Également, il apparaît clairement que les participants accordent une place importante à l’apprentissage et à la maîtrise du français, d’une part pour interagir avec les Québécois, et d’autre part pour obtenir un bon emploi au Québec. Finalement, les données concernant l’identité culturelle montrent que les participants développent une identité hybride puisqu’ils semblent vivre une dualité culturelle « moi-eux » dans leur province d’accueil. Ce concept identitaire mériterait d’ailleurs d’être étudié de façon plus approfondie dans des recherches ultérieures afin d’en cerner toute la complexité en situation post-migratoire d’apprentissage des langues.


Les faits saillants des résultats sont présentés en lien avec chacune des quatre questions de recherche.


Q.1 Quelles sont les représentations culturelles exprimées par les immigrants adultes envers les Québécois francophones et la langue française ?


Pour les participants, le français représente un marqueur culturel de première importance. Il s’agit d’un moyen de découvrir une autre culture, de s’ouvrir au monde. Le français constitue aussi une langue nécessaire pour se développer professionnellement au Québec. De plus, les nouveaux arrivants ont mis l’accent sur le français comme marqueur culturel et identitaire des Québécois francophones. Les réponses des participants permettent de constater que la langue et la culture sont indissociables dans l’expression de leurs représentations culturelles du français et des Québécois francophones.


Q.2 Quelles sont les expériences d’apprentissage du français que les immigrants adultes recherchent ?


Les résultats indiquent que la langue la plus fréquemment utilisée par les nouveaux arrivants est le français (44,5%), suivi de leur langue d’origine (38,2%) et de l’anglais (17,3%). La moitié des participants (50%) indiquent que leur langue de préférence pour communiquer au Québec est le français. Le français est la langue qu’ils utilisent le plus lors des cours de français, de leurs fréquentations sociales et de leurs contacts médiatiques (journaux, publicité, etc.). Par contre, la langue d’origine est celle qui est prédominante dans la sphère familiale.

Pour les nouveaux arrivants, les cours de français constituent un moyen privilégié d’entrer en contact avec la langue et la culture par un apprentissage formel en salle de classe. Selon la majorité des participants, ces cours représentent un outil pour une intégration réussie au Québec. Par ailleurs, tous les participants ont mentionné qu’ils étaient à la recherche d’expériences d’apprentissage informel de la langue pour mieux comprendre et se faire comprendre dans la vie quotidienne. Ils ont indiqué vouloir être davantage en contact avec les francophones (amitiés, bénévolat, échanges linguistiques, etc.). Toutefois, ils constatent que cet apprentissage informel n’est pas toujours suffisant pour combler leurs besoins linguistiques : à cet égard, la complémentarité de l’apprentissage formel du français ainsi que de son acquisition en contexte significatif semble donc constituer la solution gagnante.


Q.3 Quelle est l’importance accordée par les immigrants adultes à l’apprentissage du français pour s’intégrer à la société québécoise ?


Les nouveaux arrivants qui ont participé à l’étude croient que le français joue un rôle primordial pour leur intégration personnelle et professionnelle au Québec. Ils ont tous mentionné avoir un sentiment d’obligation, de nécessité par rapport à l’apprentissage du français. Par ailleurs, les participants considèrent qu’il est important d’étudier le français autant pour des motivations intégratives (ex. communiquer au quotidien, aider les enfants avec leurs devoirs, se faire des amis, découvrir la culture québécoise, etc.) qu’instrumentales (ex. trouver un travail, obtenir une promotion, etc.).


Les nouveaux arrivants rencontrés en entrevue ont tous parlé de l’importance de leur enseignant de français pour leur intégration ; l’enseignant de français est décrit comme le représentant des francophones, comme une personne-ressource avec qui les immigrants ont leur premier contact avec la langue et la culture au Québec. 


Q.4 Comment les immigrants définissent-ils leur identité culturelle ?


Les données de l’étude permettent de constater que l’identité des immigrants par rapport à leur propre groupe culturel est très forte. Ce fort sentiment identitaire par rapport à la culture d’origine est particulièrement observable lorsque les immigrants cuisinent, qu’ils sont avec des amis, qu’ils lisent ou écrivent pour eux-mêmes, qu’ils écoutent de la musique ou encore dans leur façon de s’habiller. Par ailleurs, les immigrants se sentent plus près des Québécois francophones lorsqu’ils participent à des activités culturelles, qu’ils étudient le français et qu’ils pensent à des projets d’avenir.


L’analyse des données de l’entrevue met également en lumière la dualité culturelle « moi-eux » chez les nouveaux arrivants. Leur identité en redéfinition constitue une dualité entre deux cultures, celle de leurs origines et celle liée à leur culture d’accueil. Toutefois, il semble que les immigrants expriment cette dualité de deux manières distinctes. Pour certains, la culture de la société d’accueil s’ajoute à leur culture d’origine, faisant en sorte que des éléments de la culture d’accueil et de la culture d’origine s’extériorisent plus ou moins fortement selon les circonstances. Tout en demeurant très attachés à leur culture d’origine, ces participants prônent généralement la philosophie « à prendre et à laisser », c’est-à-dire la préservation des éléments culturels propres à leur culture d’origine qui les caractérisent et l’intégration de nouveaux repères culturels provenant de la société québécoise. Pour d’autres participants, la juxtaposition entre les deux cultures a pour conséquence un état d’entre-deux culturel plutôt difficile à vivre, dans lequel ils ne s’identifient plus totalement à leur culture d’origine, et ne se considèrent plus non plus comme faisant partie de leur culture d’accueil. 


Les résultats obtenus concernant l’identité des immigrants mettent en évidence le fait que les participants à l’étude sont dans un processus de négociation constante de leur identité (Collier & Thomas, 1988). En contexte migratoire, vivre au sein d’une nouvelle culture nécessite inévitablement une certaine adaptation, ce qui se reflète dans leur identité culturelle. Cette dernière est alors en processus de redéfinition. Il s’agit, pour les nouveaux arrivants, de se situer entre soi et l’Autre dans ce qui semble être un constant exercice de dualité culturelle « moi-eux », pour résulter en une définition hybride de leur identité culturelle. Les résultats de l’étude laissent paraître que cette dualité culturelle implique une réorganisation de l’identité de l’individu (Fine, 1994). Tel que mentionné par plusieurs participants lors des entrevues, la redéfinition identitaire est souvent un processus complexe et difficile. Alors que certains nouveaux arrivants sentent qu’ils se situent dans un entre-deux culturel (Bhabha, 1994 ; Fine, 1994 ; Pieterse, 1995), d’autres perçoivent leur identité comme un mélange de leur identité d’origine et de l’identité de la culture d’accueil.


Recommandations
Les implications de cette étude liée à la francisation des immigrants concernent surtout l’importance de mettre davantage l’accent sur l’apprentissage informel de la langue française afin que les immigrants puissent mieux s’intégrer à la société québécoise francophone. À la suite de cette étude, les perspectives de recherche futures sont nombreuses et pourraient mettre l’emphase sur le développement des programmes de langues et le contenu des cours de francisation, sur différentes méthodes de collecte des données ou encore sur des immigrants d’origines culturelles spécifiques.